Le Cor, dont l’invention remonte à une époque très reculée, ne date cependant, comme instrument d’orchestre, que du milieu du XVII' Siècle. Les compositeurs allemands furent les premiers qui l’employèrent dans leurs partitions. Les perfectionnemens apportés ensuite à sa forme, et les améliorations que lui firent subir successivement les artistes dans la manière de le jouer, ne tardèrent pas à faire apprécier en France les avantages qu’on en pouvait tirer, et enfin en 1757, cet instrument fut introduit peur la première fois dans l’orchestre du grand Opéra.
A dater de cette dernière époque plusieurs Méthodes de Cor ont paru; les unes faites par des hommes peu connus, d’autres composées par des artistes aussi distingués par leur talent quo par le rang qu’ils occupaient dans les institutions musicales les plus célèbres de Paris.
Plusieurs de ces ouvrages ont un mérite incontestable : beaucoup de parties y sont habilement traitées, et, sur plusieurs peints, on y trouve des observations justes et profondes, que l’expérience a consacrées, ainsi que des Ieçons utiles, fruits d’une pratique intelligente et laborieuse. Cependant tontes ces Méthodes, à notre avis, ne remplissent pas exactement leur but, faute d’être élémentaires, et d’avoir su ramener les premiers principes à toute la simplicité qu’une analyse plus sévère et une initiation plus profonde peut leur donner. D’où il suit que les premières leçons présentent trop de difficultés, et embrassent une échelle si étendue, que beaucoup d’élèves, même avec des facultés naturelles extraordinaires, ne pouvant la parcourir, se trouvent découragés dès leur début, et abandonnent parfois un instrument pour lequel ils avaient peut-être. une véritable vocation.
La qualité la plus essentielle d’une méthode doit être la clarté, cette qualité s’obtient en simplifiant les difficultés et en les exposant successivement dans l’ordre qui leur appartient. C’est le seul moyen dans les arts de connaître leurs véritables élémens, de définir et d’exposer leurs premiers principes, et conséquemment d’en rendre l’étude facile et l’enseignement clair et méthodique ; alors, l’esprit des élèves comprenant avec facilité, et appréciant avec justesse, ne se trouve plus arrête par des difficultés qui, sans cela, sont souvent insurmontables.
J’ai rétabli dans ma Méthode l’ancienne dénomination de Premier Cor, adoptée par Punto, Kenn, Domnich, F. Duvernoy, etc. et à laquelle M. Dauprat a cru devoir substituer celle de Cor_Alto; voici mes raisons: Les expressions de Cor_Alto et Cor_Basse, bien que très rationnelles, ont le tort aux yeux de beaucoup d’artistes, de changer, sans utilité réelle, des dénominations connues de tout le monde, et qui, par cela seul, ont continué à leur paraître préférables: le fait suivant peut militer en faveur de cette opinion. Depuis environ vingt ans que la Méthode de M. Dauprat est publiée, son innovation n’a pu décider les compositeurs à employer dans leurs partitions, les termes adoptés par ce professeur, dont je m’honore d’être l’élève, et tous ont continué à écrire Premier Cor, Second Cor.
Ces dénominations de Premier et de Second Cor, n’ont, ce me semble, rien de vague et ne présentent point, comme le pense M. Dauprat, une équivoque préjudiciable an Second Cor, en faisant croire que ce dernier titre, au lieu de désigner un genre particulier ferait supposer un degré d’infériorité dans le talent de l’artiste. Et M. Dauprat ajoute encore ici: Cette idée pouvait d’autant mieux s’accréditer, que quelques PREMIERS CORS, par intérêt, par vanité, ou même par ces deux motifs, s’en sont prévalu souvent an détriment de leurs camarades.
Et d’abord, qu’avaient à faire ici ces deux mots: intérêt, vanité? on est Premier Cor, ce me semble, comme on est Premier Violon, Premier Hautbois.(1) Ce titre a toujours été employé pour établir une classification d’ordre, une sorte de hiérarchie dans les orchestres, et non pour faire prévaloir de vils intérêts, de sottes vanités.
(1) La comparaison manque d’un tant soit peu de justesse, à considérer ici chacun des instruments selon son organisme. M. Dauprat le dit du reste, le Premier et le Second Cor sont deux instruments, ou dumoins deux personnes, dont l’une parcourant l’étendue des sons aigus et intermédiaires du Cor, a fait la partie supérieure et s’est nommée PREMIER COR ; et dont l’autre, réunissant les sons intermédiaires et graves, a fait la parée inférieure et s’est appelée SECOND COR.
Admettons que, par un de ces bas sentimens de l’âme, ou, comme le dit M. Dauprat, par les deux à la fois, un artiste ait usurpé ce titre de Premier Cor; qu’en peut il résulter? nul inconvénient pour l’art Musical. On pourrait aussi bien supposer des sentimens d’intérêt et de vanité à celui qui prend le titre de Cor_Alto à côté de son second le Cor_basse que les choses n’en iraient ni mieux, ni plus mal. Ainsi ne disputons pas sur les mots. Ce qu’il faut surtout remarquer ici, c’est que les compositeurs donnent généralement au Premier Cor une tâche beaucoup plus difficile qu’au Second, car c’est presque toujours à lui qu’ils confient les Solo d’une exécution souvent scabreuse, ce qui lui impose l’obligation de veiller constamment sur lui même, afin de conserver tous ses moyens pour arriver, dans sa partie, à une exécution satisfaisante.
Remarquons encore que les facultés naturelles dont il faut être doué pour jouer avec succès le Premier Cor, ne sont pas toutes absolument indispensables pour jouer le Second; aussi beaucoup d’artistes, après avoir été voués dès leur jeunesse à l’emploi de premier, se sont vus contraints, dans un âge plus avancé, à abandonner ce genre, auquel leur puissance physique ne suffisait plus, pour se restreindre à celui de second, et l’ont rempli longtemps encore avec avantage.
Je crois donc que si, en résumé, les premiers cors ont pu penser que leur emploi était en quelque sorte plus difficile que celai des seconds, ils doivent cette opinion plutôt au travail et à l’expérience, qu’au titre que M. Dauprat voudrait exclure. Je ne pense pas qu’une autre dénomination, celle de Cor_Alto, par exemple, puisse changer leur conviction à cet égard.
J’ai donc cru devoir respecter des termes, appliqués jusqu’à ce jour par les compositeurs anciens et modernes, aussi bien aux Cors qu’aux autres instruments de l’orchestre, qui tous se classent par Premier et Second. Mais reprenons notre sujet.
La connaissance préalable du Solfège étant indispensable à celui qui veut se livrer à l’étude du Cor, ma Méthode ne renfermera point de principes élémentaires de musique proprement dits. Le Cor, privé de l’avantage du doigter, dont jouissent les autres instrumens à vent, exige de celui qui s’y destine, non seulement une bonne organisation musicale; mais encore une connaissance théorique de la musique, qui lui permette, avant d’émettre le premier son sur l’instrument, de solfier avec facilité et justesse.
Bien que peu de personnes aient assez de persévérence pour s’astreindre à cette étude préliminaire, les meilleurs professeurs ne l’ont pas moins reconnue indispensable pour hâter les progrès sur cet instrument. J’ajouterai que si, négligeant cet avertissement, on passait immédiatement à l’étude du mécanisme, sans avoir pendant six mois au moins fait de la musique vocale une occupation très suivie, il serait impossible qu’on obtint, même avec beaucoup plus de peine, d’autre résultat qu’un jeu souvent imparfait et une exécution des plus médiocres. J’ai pensé que quelques duos faciles, intercalés dans les gammes, seraient propres à atténuer l’aridité et la monotonie des exercices préliminaires, en donnant aux élèves plus de goût au travail, et en habituant leur oreille aux repos mélodiques. Ces duos leur enseigneront aussi l’art de régler la respiration, et les familiariseront avec des exercices où le chant et l’accompagnement marchent ensemble.
Pour les élèves commencans, j’ai senti qu’il ne fallait employer les sons graves et surtout les sons aigus, dont l’exécution est d’ailleurs pénible sur le Cor, que successivement et à mesure que l’élève avançant dans les gammes sentirait plus de force à ses lèvres, et de facilité dans les articulations de sa langue.
Enfin, je me suis proposé, comme on le verra, en composant cette méthode, d’en présenter les exercices avec clarté et simplicité, persuadé, comme je dois l’être, que les élèves pourront me suivre pas à pas dans l’exposé de difficultés progressives que je leur ai tracées. Je m’estimerai donc trop heureux si cet ouvrage, fruit d’une longue expérience, peut obtenir quelque succès, et contribuer, près de ceux qui en feront usage, à les guider dans une carrière à laquelle j’ai voué toute mon existence.