DE L’ÉGALITÉ DES SONS ET DE LEUR JUSTESSE.
Le Cor, dans son principe (c’est-à-dire joué sans le secours de la main droite placée dans le pavillon), était un instrument très borné par sa nature, eu égard au petit nombre de notes auquel il se trouvait restreint. La découverte des sons bouchés, à l’aide desquels il put dès lors parcourir l’échelle diatonique et chromatique des gammes, en augmentant son domaine, vint lui donner un nouveau charme, une nouvelle variété; mais ce perfectionnement en rendit, toutefois, l’étude plus difficile et plus compliquée.
Les notes du Cor furent alors divisées en deux cathégories: l’une comprenant les notes ouvertes ou naturelles; l’autre les notes bouchées ou factices.
La différence de ces deux espèces de notes est tellement sensible, quant au timbre et au volume, que l’artiste le plus habile ne peut la faire disparaitre entièrement: c’est donc contre cette inégalité que l’élève doit lutter sans relâche afin d’imprimer à tous ses sons une même nuance et une égale sonorité.
Les principes que M. Domnich a professés à cet égard veulent que cette inégalité de toutes les notes résulte du secours seul de la main placée dans le pavillon, (sans que le souffle y contribue en rien) en n’ouvrant cette main sur les notes naturelles qu’autant que l’exige leur justesse; c’est-à-dire le moins possible, mais surtout pas assez pour que ces notes soient éclatantes.
Ce principe a été également suivi i par M. Dauprat dans sa méthode.
De nombreux essais m’ont suffisamment prouvé qu’un inconvénient grave résulte de cette manière de procéder, celui de sacrifier au désir d’obtenir une nuance unique, la qualité la plus précieuse de l’instrument, la beauté des sons.
Pour obvier à cet inconvénient, il importe donc d’adopter un mode différent, à l’aide du quel on donnera de la sonorité aux notes factices sans toutefois augmenter celle des sons ouverts; il suffira d’ouvrir la main droite le plus possible sur les notes naturelles, et pour diminuer leur éclat, d’en modifier le souffle; de cette manière, les notes naturelles seront haussées; et pour que l’on puisse conserver le rapport qui doit exister entr’elles et les notes factices, ces dernières ne devront pas être assujéties à une fermeture aussi grande, et se trouveront par conséquent beaucoup plus sonores. Néanmoins cet effet s’applique de préférence aux morceaux de musique dont le mouvement est lent ou modéré.
Enfin pour obtenir le plus d’égalité possible entre ces deux espèces de sons, il faut alternativement s’exercer sur les uns et sur les autres, en s’efforçant chaque jour de faire disparaître la différence qui résulterait de leur incessante comparaison.
J’ajoute encore ici que de la qualité de l’instrument dont se sert l’exécutant, dépend le plus ou moins de rondeur de ses notes factices, et que, par conséquent, ces notes auront beaucoup plus de volume sur un Cor jeué depuis long-temps que sur un Cor neuf.
J’ai fait connaitre les deux différens procédés au moyen des quels on peut obtenir l’égalité relative des sons du Cor; ce sera maintenant à l’élève, après s’être essayé dans cette double école, à se décider en faveur de celle qui paraîtra lui offrir les plus heureux résultats.