French

DU TRILLE (1)

(1) Je ne donne ici que la partie du trille qui enseigne la manière de le faire. La préparation et la terminaison se trouvent réunies aux agrémens de la musique voyez la page 76.

Le Trille que beaucoup de personnes ont appelé et appellent encore mal à propos cadence, (2) est un des agrémens les plus difficiles à exécuter avec perfection sur le Cor; il résulte du battement successif et coulé de deux notes ayant entr-elles un ton ou un demi-ton d’intervalle. Ce battement doit être plus ou moins accéléré, selon le caractère du morceau où il est place.

(2) Le mot Cadence s’emploie en musique pour désigner la terminaison d’une phrase ou repos momentane.

Le mode de faire le trille enseigné par les méthodes que l’on a publiées depuis quelques années me paraît vicieux en ce que la langue doit rester entièrement étrangère à son exécution, tandis que les lèvres agissent seules pour passer de la note inférieure à la note supérieure. Sans vouloir traiter à fond cette question de controverse et passer en revue tous les inconvéniens qui ressortent d’un pareil principe, je ne puis cependant m’empêcher d’en livrer quelques uns à l’appréciation de mes lecteurs.

D’abord, le trille fait avec les lèvres a toujours quelque chose de faible, de timide qui contraste souvent d’une manière choquante avec le style du morceau où il est employé. Ensuite il est souvent chevrotté, parce qu’à mon avis les lèvres sont impuissantes à agir avec l’extrême vivacité que parfois il exige. Enfin ce mouvement ( on pourrait presque dire convulsif) des lèvres, sorte de contraction nerveuse, fait grimacer la figure ,et éprouver au menton un tremblement désagréable qui peut réagir sur la main gauche.

C’est au contraire la langue, et la langue seule qui doit travailler à produire le trille; ses mouvemens même les plus rapides restent concentrés dans la bouche sans aucune manifestation extérieure: le trille, fait ainsi, a l’avantage d’être en même temps coulé avec plus d’égalité et battu avec plus de vitesse, surtout dans les notes aigues.

MANIÈRE DE FAIRE LE TRILLE.

Le trille n’étant pas susceptible d’être fait avec la même facilité sur toutes les notes de la gamme, il faudra d’abord s’exercer sur les sons ouverts plus favorables à cet agrément que les sons bouchés.

La langue émettra avec douceur le premier son, comme dans le coup de langue ordinaire; puis pour faciliter le passage alternatif de la note inférieure à la note supérieure, elle fera de légers battemens sur le bord interne des lèvres, en soutenant le souffle avec force; ces battemens doivent être pour ainsi dire ondulés, en sorte que la langue ne frappe aucun coup.

Il est facile de se faire une idée exacte du jeu mécanique de la langue dans le trille: après avoir frappé la note, elle se porte en avant, et vient, comme je l’ai dit plus haut, éffleurer le bord interne des lèvres, puis se retire sur elle-même par un mouvement rétroactif, et ainsi de suite jusqu’à expiration du souffle.Ce va et vient continuel (si je puis m’exprimer ainsi), lie ensemble les deux notes coulées, et produit le trille.

Il faut surtout donner la même valeur à chacune des deux notes, les couler également sans les saccader, et en accélérer progressivement le battement jusqu’à ce que l’on soit parvenu à faire le trille d’un mouvement rapide. Ce n’est que par un travail constant et opiniâtre que l’on parviendra á acquérir de la célérite et de l’égalité dans le battement des notes, et par conséquent à se rendre maître du trille.

Avant de commencer les exemples suivans, l’élève aura soin d’aspirer le plus d’air possible, afin de les jouer d’une seule respiration; et il ne perdra pas de vue qu’il faut aussi que les coulés se tiennent le plus possible et que leur séparation soit à peine marquée.

EXAMPLES

Commencez d’abord le trille lentement et augmenterez-en peu-à-peu la vitesse.

Le signe tr sert a indiquer le Trille.

On met ordinairement après le Trille, deux ou trois petites notes, pour marquer sa terminaison.

Il y a plusieurs manières de terminer le trille; les deux que je viens de donner sont aujourd’hui les plus usitées; les autres terminaisons sont des modifications employées selon le goût de l’exécutant et le caractère du morceau qu' il joue; j’en fais mention à la continuation du Trille, page 78.

French
By Julius Pranevičius